Des bouchés politiques

Modérateur: yann

Des bouchés politiques

Messagepar yann sur Mar 28 Mai 2019 18:33

Des bouchés politiques


C’est entendu, le monarque et sa cour de plus en plus resserrée considère que le vaste mouvement lancé par les « gilets jaunes » en novembre dernier « n’a pas de débouchés politiques ». Voilà une affirmation péremptoire sur laquelle certains médias empressés se sont jetés tels des caniches flairant un nouvel os à ronger. Affirmation péremptoire mais éminemment saugrenue et probablement imprudente comme nous allons le voir. Ajoutons d’emblée que pour Emmanuel Macron le débouché politique se résume ici exclusivement à la compétition électorale. Et, le point de vue présidentiel n’est pas, loin s’en faut, lié simplement à la circonstance de la campagne des Européennes. C’est bien toute sa politique qui manque singulièrement de hauteur politique.

L’entêtement continue. Nous pouvons même dire qu’il progresse ! Chaque campagne électorale insuffle sa dose d’espoir à ceux qui aspirent encore au changement puis, très vite, une fois l’élection dans notre dos, le désarroi reprend son cours et grossit. En 1995, Jacques Chirac promettait d’affronter la fracture sociale… En 2007, Nicolas Sarkozy proclamait qu’il serait le Président du pouvoir d’achat… En 2012, François Hollande devait faire de la finance sa pire ennemie… En 2017, Emmanuel Macron s’engageait à tout bousculer. Là, au moins, nous ne sommes pas déçus ! Et, chaque fois l’on fait mine de s’étonner de la progression du taux d’absention. On se félicite que les institutions fonctionnent, que les élections aient lieu aux dates prévues. On s’obstine à croire que partis et syndicats restent les formes suprêmes de l’engagement du citoyen. On fait tourner, bon an mal an, la « machine démocratique ». Et elle tourne bien, jusqu’au grotesque de la fausse compétition de trente-quatre listes aux Européennes en France cette année. Les médias de masse évidemment jouent le jeu. Ils contribuent même à amplifier l’illusion démocratique. La marche vers un abîme de moins en moins incertain ne semble pouvoir être interrompue.

Nos gouvernants, qui en fait ne gouvernent plus grand chose, ne font pas que s’étonner de la progression de l’absention électorale et du désintérêt de nombre de citoyens pour la res publica. Ils s’étonnent, par-dessus le marché, du fort mécontentement de certaines catégories de la population qui s’agitent de façon désordonnée. Nous sommes dévoués à la cause démocratique, entièrement tendus vers l’intérêt général, proclament-ils sur la scène officielle. Alors, que signifie cette montée inquiétante du « populisme » injustifié ? Il ne leur vient pas à l’idée qu’à force de souffrances trop longtemps contenues le corps social finit toujours par exulter. Ils n’en ont cure, continuent de faire semblant, de se croire encore importants, de cultiver leur suffisance d’hommes insuffisants. Ils savent, eux, que les vrais enjeux de leur maintien au pouvoir se tiennent ailleurs que sur la scène politique de façade. Dans les coulisses se jouent – et depuis longtemps – d’autres pièces d’un répertoire que le grand public doit continuer d’ignorer dans les détails. Pier Paolo Pasolini, mort en 1975, écrivit un jour ceci : « Sous couvert de démocratie, de pluralité, de tolérance et de bien-être, les autorités politiques, inféodées aux pouvoirs marchands, ont édifié un système totalitaire sans nul autre pareil. » Bien sûr, depuis la fulgurante clairvoyance de cet homme de culture le pouvoir marchand n’a fait que croître et embellir. Il est maintenant tentaculaire, la finance off-shore est un ogre agissant au nez et à la barbe des acteurs des économies réelles locales, au détriment des services publics, des systèmes de protection sociale, des droits conquis anciennement par les salariés, etc. Pour sauvegarder les intérêts des nantis l’Etat s’arme puissamment et organisent la répression des mouvements sociaux désormais réputés criminogènes. « Totalitaire », disait Pasolini ! Nous comprenons mieux alors ceci : « Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’Histoire. » (Emmanuel Macron,vivant, le 13 février 2018 face à la presse présidentielle).

Avec Emmanuel Macron la suffisance mal réprimée et l’autoritarisme trop bien camouflée sont à leur comble. Ce Narcisse au talon de fer incarne la quintessence du renoncement politique au sens où il faut entendre en démocratie ce dernier vocable. Ne lui en déplaise, le mouvement des gilets jaunes n’est pas qu’un coup de semonce qu’il suffisait de contraindre par une violence policière inédite et la complicité crasse de médias apeurés. C’est une ample révolte qui va continuer de sourdre et probablement s’amplifier sous d’autres formes que celles choisies au lancement du mouvement. Trop de brutalité, trop de mépris, trop de tentatives de discrédit ou de récupération ont alimenté ce désir nouveau de citoyens nombreux qui ne sont plus prêts à s’en laisser conter. C’est d’abord cela l’engagement politique.

Non, M. Macron, la politique ne se résume pas à la présentation régulière aux élections et, dans l’intervalle, à satisfaire avec empressement les diktats des possédants. Vous allez prendre toute votre part de responsabilité dans l’arrivée au pouvoir demain du Rassemblement de la haine. Car telle va être l’issue fatale de votre incapacité à prendre la mesure de ce que doit être l’engagement du chef d’un Etat se voulant démocratique. Le « grand débat » tournant en rond autour de votre personne n’a répondu en rien à cette nécessité. Vous êtes resté bouché ! Votre ultime étonnement, à vous et à vos consorts, interviendra trop tard, après la catastrophe que constituera l’avènement d’un vrai pouvoir fasciste en notre pays et chez certains de nos voisins. En attendant, les nantis mettent les bouchées doubles à se gaver d’argent dérobé et soustrait à une administration fiscale peu regardante envers leurs malversations . Quand le cauchemar débutera ils sauront se mettre à l’abri, à l’étranger ou en se coulant douillettement dans le nouvel ordre des choses. Rares seront ceux qui entreront dans une nouvelle Résistance. Mieux vaut Hitler que le Front populaire, disait-on en 1938. Que dira-t-on cette fois ?


Yann Fiévet
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